Carnet de route

Petite Trotte à Léon pour des Léopards des neiges

Le 12/09/2012 par Serge

 

PTL 2012

Le lien vers le film sur la ptl, c'est
http://www.youtube.com/watch?v=Aum6GfVQEsE&feature=plcp

L'article sur la ptl a été publié dans le magazine d'octobre de yanoo : http://www.yanoo.net/index.php?page=newsletter

 

La course au long cours 

27 août  2012, l'heure du départ approche... Place du triangle de l'amitié, les équipes de la PTL arrivent les unes après les autres.

Avec Sergueï, on ne fait pas trop les malins. On pensait se faire un départ discret, loin des foules de l'UTMB : c'est raté , la place est noire de monde !

Sergueï, ç a commence à être un vieux compère. On s'est rencontrés sur une montagne qui s'appelle le Khan Tengri, à la frontière du Kirghizstan et du Kazakhstan, entre le camp 1 et le camp 2, c'est à dire vers 5300m. C'était pendant l'été 2009. L'été dernier, en 2011, ensemble nous sommes devenus des "léopards des neiges" ; c'est à dire que nous avons achevé l'ascension des cinq montagnes de plus de 7000 mètres de l'ex-URSS. Un challenge pour alpinistes russes : engagement et rusticité au programme.

On cherchait quelque chose à faire en France en fin d'été, qui ne dure pas trop longtemps, et si possible pas trop loin du tout petit - mais oh combien célèbre - Mont Blanc.

Sur le papier, la PTL avait de sérieux atouts : pas trop de course (Sergueï n'est pas un coureur),du dénivelé et pour tout dire...un peu mythique.

Après un périple avion-train-voiture pour Sergueï, nous y voilà. Et si cette course est un peu un mystère pour moi (autonomie, pas de balisage, pas de classement), pour l'ami russe c'est carrément la grande découverte : il n'a jamais couru d'ultra-trail et a découvert ses chaussures il y a quatre jours. Ca fait trois jours qu'on court les magasins pour lui trouver les petits joujoux (des chaussettes !) indispensables à cette plaisanterie.

Brrrrrr, toujours ces questions qui me trottent dans la tête : on a assez à manger ou pas ? le GPS ne va-t-il pas nous jouer des tours? était-ce vraiment une bonne idée d'aller au sommet du Mont Blanc il y a cinq jours (mais c'était indispensable !)?

22 heures : c'est parti... Après un petit tour triomphal dans Chamonix, on attaque la première grosse montée vers le col du Brévent. Pas de problème, enfin si juste un : garder en mémoire que la petite trotte c'est environ 285 kms pour 22000m de dénivelé... et donc qu'il faut y aller tout doux !

La machine franco-russe tourne bien ; on passe le sommet du Buet au petit matin : lever de soleil magique, et clic-clac la photo. Quelques chaînes et barres métalliques plus loin, encore clic-clac pour photographier les traces des dinosaures qui, il y a 230 millions d'années, faisaient aussi un ultra-trail dans le coin (mais à l'époque c'était le bord de mer et c'était tout plat !). Arrêt à la cabane d'Emosson, pour manger des pâtes. Sergueï se dit que, pour un peuple réputé gastronome, les français mangent quand même beaucoup de pâtes !

L'après-midi est un peu chaude, et dans ce cas là c'est plus dur de manger. Ca se rafraîchit un peu en arrivant sur Martigny, pays de vignes où le raisin bien mûr ne fournira sans doute qu'une cuvée 2012 d'assez faible volume... Super une épicerie ouverte : razzia sur les bananes et les biscuits au chocolat !! Il faut faire le plein avant la (très) longue montée vers Catogne et le col des Guides. Quand nous passons le col, il fait déjà bien nuit, et la descente dans le petit chemin glissant et raide n'est pas franchement une partie de plaisir.

Champex ! la base prévue pour l'UTMB nous est réservée : on peut manger et dormir. Sergueï n'a pas très faim et ça m'inquiète un peu. Natacha, la femme du directeur de la course, nous accueille à bras ouverts : elle est russe et ... nous aussi (enfin, à moitié), c'est pas si banal.

On dort deux heures et c'est reparti. Sergueï me dit qu'il se sent mieux : effectivement ce garnement me met à l'agonie dans la montée au premier col, après Bourg Saint Pierre ! 10 mn de micro-sieste et c'est reparti, pause casse-croute à la "cabane"* de Panossière, et vogue la galère jusque la cabane Chanrion. Là encore deux heures de sommeil, et c'est à nouveau reparti, sous une météo crachotante, digne de... la Bretagne ! (là je vais me faire des ennemis...).

Etroubles : 30mn d'arrêt ! Victoire, il y a une épicerie ouverte ! On s'achète des gros gâteaux roulés fourrés à je en sais trop quoi : un chacun + du jus de fruits + de l'ice tea et ... une pizza en dessert (ben oui, on est en Italie maintenant). C'est quand même assez pratique d'avoir un estomac qui peut à peu près supporter n'importe quoi ; merci maman !

On rigole, mais le problème c'est que notre ami Sergueï supporte de plus en plus mal les descentes. Les genoux commencent à se faire sentir : il faut dire que chez ce grand costaud les chocs ne sont pas tout à fait les mêmes que pour un gringalet comme moi...

La descente sur Morgex sera du genre pénible, par un chemin nommé opportunément "l'homme et la pente". Sergueï arrive à Morgex quasi-agonisant ; avec des genoux qui commencent à gonfler : pas du tout sur qu'on puisse repartir. Faudrait qu'on trouve un toubib, mais pour le moment on se gave de lasagnes... En plus la météo annonce le catastrophe imminente : neige à partir de 1500 mètres , vent assez fort sur les crêtes... bref la fête ! On apprend la décision d'annuler le parcours initial de l'UTMB, pour cause d'impraticabilité du col du Bonhomme et du col de la Seigne.

L'organisation bloque tout le monde à Morgex jusque cinq heures du matin. de toute façon pour nous, l'affaire semble bien compromise : Sergueï boîte et il a l'air quand même pas mal ravagé. A cinq heures quelques équipes prennent le départ. Un coup d'œil vers mon camarade de cordée : il ronfle comme un grizzly !

On tourne en rond ; mais pendant ce temps une bonne âme s'est activée : l'adorable Mimo nous a dégoté de la bande pour strapper les genoux de notre ami, et mieux que ça, il à même trouvé une copine à lui qui va passer faire ça. Sur ce arrive Louisa, sur qui reposent maintenant tous nos espoirs. Munie d'un livre encyclopédique détaillant les différentes manières de strapper, elle se met au boulot, et fabrique quelque chose qui a une allure tout à fait professionnelle. Finalement un genou russe, ça ressemble assez à un genou italien. Allez, tous les hommes sont frères sur la Terre !

Ces deux là nous sauveront la mise. En nous voyant partir le responsable de l'organisation à l'air de vivre un cauchemar : deux imbéciles éclopés qui se lancent dans l'affaire alors que la météo se détraque totalement, ça sent la connerie à plein nez...

Seulement, Sergueï c'est un vrai costaud, qui cicatrise vite et se plaint peu. Dans la montée au col du Berrio Blanc, on double quand même quatre équipes parties de Morgex avant nous. C'est idiot, mais ça remonte le moral...

Arrivé au col de la Seigne, on constate l'évidence : il y a de la neige... Passé le col, ben euh, comment dire... il y en a de plus en plus... Allez, aujourd'hui on fait un jeu : comme on est partis ce matin sans frontale, on arrivera aussi sans frontale... Ce qui nous vaut une arrivée nocturne au refuge Robert Blanc (le bien nommé !), qui surprend le gardien qui montait se coucher... ne voyant pas de frontales à l'horizon ! On dort là, de toute façon, vu ce qui se passe dehors, il n'y a pas grand chose d'autre à faire. On mange aussi : le gardien n'est pas mesquin sur le pain ! On aura le dortoir pour nous tous seuls : toutes les équipes qui suivaient ont bifurqué vers des cieux (un peu) plus cléments.

Le lendemain, un jour grisâtre et neigeux se lève vaguement : c'est qu'il en est tombé une bonne couche pendant la nuit ! Coup de fil au PC course, pour leur dire qu'on modifie l'itinéraire : la montée vers la Tête des Fours est franchement impraticable. On descend donc vers la Ville des Glaciers et les Chapieux, pour remonter au col du Bonhomme et rattraper ainsi l'itinéraire normal : "plus de kilomètres, plus de plaisir !". Dès la sortie du refuge, on se retrouve à faire la trace dans 60 cm de fraîche : ah ce qu'on était bien sous la couette.

Le refuge du Bonhomme est sous la neige et Tristan, le gardien, nous reçoit comme des rois. Il faut dire qu'on a des connaissances communes... Promis, je reviendrais une autre fois !

Après ça commence à sentir l'écurie : Tré la Tête, col du Tricot et direction Les Houches. On invente un nouveau jeu : terminer la course le samedi, et pas le dimanche. Les genoux russes couinent, grincent, mais une fois passé Les Houches, on sait que c'est gagné. On s'arrête dans un café, espérant pouvoir s'acheter un sandwich, mais hélas pas de sandwich... Je ressors de là sous les hourras, les mains pleines de cacahuètes que la serveuse m'a généreusement offertes. On se partage lemagot avec Sergueï, qui manque de s'étouffer tellement il rigole.

Allez Chamonix est en vue ; les derniers kilomètres sont roulants et on finit en trottinant joyeusement, comme si de rien n'était. On passe la ligne à 23h30, 121 heures et trente minutes après être partis... Une bonne petite trotte quand même !

Après ? Après on mange quasiment sans respirer pendant une journée entière : tout y passe saucisson, fromage, cake, fruits, gâteaux, yaourts, vin rouge.

Sergueï m'annonce, avec un sourire jusqu'aux oreilles, que l'an prochain c'est lui qui fixera le programme. Alerte, appelez le SAMU ! un coureur de la PTL s'est étouffé en avalant une banane entière sans la mâcher...

 

 

Remerciement à Hervé de Running Conseil à Brest  qui a équipé notre ami Sergueï en tee shirts et chaussures. 

 

* : En Suisse les refuges s'appellent "cabanes". Certains ressemblent plus à des hôtels *** qu'à des constructions faites de planches disjointes... les prix y sont d'ailleurs parfois tout à fait dignes de type d'hôtels...

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