Carnet de route

Vallée de la Nubra - Ladakh août 2010

Le 31/08/2010 par Jean-Claude

Jeudi 29 juillet 2010, nous débarquons dans la chaleur humide de la nuit à New-Dehli. L'équipe est constituée de Marie-Claire, Pascal, des benjamins des Alpes Véronique et Fabien et de membres du CAF de Brest : Colette, Marie-Michèle, Pierre-Yves, René, Georges, Stéphane et Jean-Claude. Petit somme, ou pas, dans le hall de l'aéroport et nous survolons les chaines de l'Himalaya et du Karakoram, avant de plonger dans la cuvette de Leh, 3500 m d'altitude. Objectif : s'acclimater en visitant la ville et la vallée de Stok pendant 2 jours, avec une première montée à plus de 4000m.
Le 1er trek démarre au village de Saboo Phu et nous conduit, le long d'une rivière, à 4900 m. Deux étapes dans la même journée et première toilette dans les torrents : glacée !  Mardi 3 août, après une montée assez raide, nous passons le col de Digar La à 5450m et descendons un glacier. Dur l'acclimatation !!!  Les records d'altitude sont pulvérisés pour quelques-uns, mais le mal des montagnes se fait sentir, durement pour certains. La nuit, nous essuyons les premières pluies, dans ce pays où il ne pleut pas …
Au village de Digar, oasis de champs d'orge à 3900m, où nous avons installé le camp suivant, les orages sérieux éclatent dans la soirée. Au matin, nous hésitons à partir car les rivières ont gonflé. Traversée d'un grand plateau désertique puis de dunes immenses et les 4x4 nous conduisent au village de Tigger dans la vallée de la Shyok. Le village accueille son Rinpoché en grandes pompes. Le soir, les éclairs illuminent la chaîne du Karakoram, nous sommes à l'abri dans un hôtel de notre agence.
Le lendemain, Véro chute dans les escaliers du monastère : entorse à la cheville. Son pied est plongé dans l'eau glacée et bientôt tous s'affairent pour retrouver les lunettes de Colette dans le caniveau impétueux. Les villageois nous offrent une soirée magnifique : chants et danses tibétaines et ladakhis en costumes d'apparat !
Nous avons appris les inondations à Leh, mais à tord, leur accordons une importance toute locale. Les communications téléphoniques déjà extrêmement difficiles sont quasiment coupées. Ponts emportés, routes inondées, véhicules réquisitionnés, … Nous réussissons tout de même à gagner le village de Hundar en 4x4, où nous installons le camp dans un verger d'abricotiers.
Dimanche 8 août, départ du 2ème trek. Nous montons dans la vallée de la Nubra, dans un dédale de gorges où le torrent gronde, grossi par les orages et la fonte accélérée des glaciers. Nous passons de longs moments à construire des gués avec de grosses pierres. Il faut improviser des ponts entre les arbres des rives, avec branches et cordes, les ponts en pierres ayant été emportés. Tout le matériel est acheminé en « accrobranche » vers le camp de Wachan, mais les chevaux ne passeront jamais. Du camp, à 3600m, enserré entre deux torrents, nous apercevons les sommets prévus avec leurs grands glaciers : Samgyal, Dawa peak, ...
Au matin, après des heures d'efforts de l'équipe au grand complet pour essayer de détourner le courant, aménager des gués, il faut renoncer : les muletiers ne prendront pas le risque de faire passer les chevaux. D'ailleurs un groupe d'anglais est bloqué au camp de base du Samgyal sans aucun ravitaillement. Demain nous rebrousserons chemin. C'est ce que préconise notre agence, sur les recommandations de l'Ambassade de France : ramener tout le monde sur Leh. Petite balade vers les sommets pour les uns, match de balle aux prisonniers France-Népal pour les autres, en attendant. Les Népalais, infatigables sortent vainqueurs d'un jeu qu'ils découvrent.
Les bagages repassent par la voie des airs au-dessus du torrent et nous redescendons vers Hundar par le haut des crêtes, avec notre petite pluie quotidienne. Il y a beaucoup de monde car les départs prévus en montagne ne se feront pas, aussi, faute de place au camp, nous logeons en guest house. Le travail s'arrête ici pour nos muletiers. Notre agence envisage un autre trek d'une semaine à proximité de Leh.
Mercredi 11 août : Nous reprenons la route et surplombons des ergs étonnants. Au dessus de nous, les cônes de déjection énormes de la montagne. Dans les dunes de cette vallée immense subsistent quelques chameaux de Bactriane, au confluent de la vallée de la Nubra et de la Shyok, passage des anciennes caravanes.
La visite du beau monastère de Diskit s'impose avant de monter, à travers des déserts et des oasis perdus, vers le Khardong La (5600m) qui a été le plus haut col carrossable au monde. Il ressemble souvent à une piste où circulent aussi quelques vététistes. Après le col, Leh est bientôt en vue.
A l'hôtel, dans la partie haute de la ville, intacte ou presque, nous mesurons la médiatisation mondiale de la catastrophe et donc l'inquiétude de nos familles et de nos proches. Vite les rassurer par téléphone, par mail, sur le blog du voyage … Le nombre des victimes fluctue selon les sources :100-700 ? La ville est en état de choc. Cinq d'entre nous sont portés disparus, aussi nous signalons notre présence à l'antenne de l'Ambassade de France.
Nous avons 8 jours avant le retour à New-Dehli. Que faire ? Rapatriement ? Tâches humanitaires ... ? Des risques d'épidémie sont évoqués. Les outils manquent, beaucoup de volontaires sont donc plus ou moins spectateurs. Notre agence qui a prévu les subsistances pour toute la durée du trek ne peut supporter en plus le coût de l'hôtel. Par ailleurs, les annulations s'accumulent. Les sherpas, cuisiniers, … doivent assurer l'essentiel de leurs revenus annuels sur cette si courte période. Tout ceci, et aussi la volonté de nous satisfaire, fait que notre agence tient absolument à nous proposer un autre trek de 6 jours, proche de Leh, avec un objectif de sommet : le Stok Kangri. En cas de risque météo, retour immédiat, c'est ce qui est convenu.
Le lendemain est encore un jour de pluie que nous passons à Leh en attendant que la logistique se mette en place. Des photos, banderoles de condoléances s'affichent en ville où les gens circulent avec des masques. La partie basse de la ville est dévastée, sous des coulées de boue.
Vendredi 13 août : La tourista a encore frappé plusieurs d'entre nous. Après 2h de route, nous débutons ce 3ème et dernier trek. Une piste nous conduit vers le 1er camp à 3700m. Le lendemain, nous poursuivons notre montée vers le 2ème camp à 4400m. Il nous faut traverser parfois des coulées de boue où nous enfonçons comme dans des sables mouvants. Hameaux dans les champs d'orge, torrents à traverser, montagnes très colorées, voilà le décor. Il pleut encore de temps à autre.
Un pot convivial nous permet de rassembler tous les sherpas, mais aussi Casi, notre cuisinier au Népal et Péma, notre sirdar en 2007 et 2008 qui sont dans des camps voisins. Beaucoup d'expéditions ont fait le même choix que nous, faute d'autres possibilités.
La 3ème étape est une suite de montagnes russes dans un désert himalayen très coloré : 800m de dénivelé en + et en -. Le ruisseau nous permet de faire lessive et toilette avant le repas succulent, comme d'habitude, de notre cuisinier Santos. Entre autres, pizzas de légumes ce soir.
La dernière étape de montée nous conduit au camp de base du Stok Kangri à 5000 m, grosse étape de 7h avec passage de cols, pierriers et torrents à traverser, 1000 m de dénivelé + et 500m D-. Des panoramas magnifiques sur les chaînes voisines, ocres, rouges, … Le camp de base est bien rempli. La journée suivante consiste à parfaire notre acclimatation sans se fatiguer. Nous grimpons sur un sommet voisin à 5300m, la brume est présente.
Mercredi 18 août : Le grand jour. Lever à minuit, petit déjeuner un peu forcé, et départ à 1h, à la frontale. La montée est raide d'emblée, la marche d'approche est longue, d'abord sur un sentier, puis des névés. Le glacier gorgé d'eau, des petits ruisseaux partout, attention à ne pas se mouiller les pieds ! Il ne fait pas froid et nous avons essuyé quelques averses de pluie et de grésil dans la nuit.
Le lever du jour est toujours un instant magique, nous sommes entourés d'immenses glaciers et découvrons enfin la grande face glacée du Stok Kangri. A 7h, nous chaussons les crampons, nous nous encordons et entamons la montée difficile vers le col. La neige est lourde, glissante, les pas sont mal assurés. Au col, à près de 6000m, vers 9h, Sangbu annonce qu'il faut encore 2h pour monter au sommet. Certains n'iront pas plus loin, malades, fatigués ou blessés.
Quelques-uns iront au sommet sur un mixte neige molle et rochers, passant et repassant de part et d'autre de l'arête. Qu'il est loin ce sommet ! Enfin les drapeaux à prières claquent au vent, dans la brume. Séance photos, accolades, puis sans tarder, il faut descendre retrouver les autres.
Très longue descente, ponctuée de glissades. Nous regagnons tous le camp de base vers 14h30. Santos a prévu un repas de fête pour le dernier soir sous tente et un gâteau pour fêter le Stok Kangri.
Le dernier jour de trek est une longue descente vers Stok : 1300 m D- agrémenté tout de même de quelques montées raides. Enfin jour sans pluie, nous traversons de magnifiques gorges ocres et rouges, aux aiguilles acérées. Et nous regagnons Stok, puis Leh en partie sous les eaux, avec ses rivières en crue.
A 19h, à l'hôtel Rimo, nous retrouvons l'équipe au complet : sherpas, cuisiniers, … pour un dernier pot et échange de souvenirs.
Vendredi 20 août : Vol Leh-Dehli dans les nuages, il pleut aussi à Dehli depuis quelques jours. La circulation est insensée : 2h pour faire 15km et nous avons le temps d'admirer la végétation luxuriante dans les parcs. Nous faisons quelques emplettes l'après-midi dans la chaleur moite du centre de Dehli, transformé en un vaste chantier boueux pour accueillir les jeux du Communwealth en octobre.
Nous allons faire du tourisme pendant 3 jours et parcourir le triangle d'or en minibus. Jamais vu une circulation aussi démente sur voie expresse. Chacun roule comme il veut, à gauche ou à droite et dépasse en conséquence. Il faut slalomer entre les vaches, éviter parfois des éléphants, croiser cycles ou véhicules en sens inverse, traverser des marchés... Le toît des bus et les pare-chocs de voitures sont chargés de passagers.
1ère étape, Âgrâ dans l'Etat d'Uttar Pradesh. Parmi ses nombreux monuments, elle compte le Taj Mahal, le Fort Rouge et, à proximité Fatehpur Sikri, tous trois inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. Construit sous l'empire moghol (XVIème-XVIIème), le Taj Mahal, comme d'autres monuments, est en marbre blanc incrusté de pierres précieuses. Inutile de dire que nous sommes assaillis de toutes sortes de vendeurs dans ces hauts-lieux du tourisme.
2ème étape : Direction la terre des rois et des maharajas, le Rajasthan et sa capitale Jaipur. Pays essentiellement agricole. Visite de la ville rose de Jaipur avec notre deuxième guide français : le palais des vents, le fort d'Amber et ses remparts sur la route des caravanes et de la soie, et Jaipur City avec son observatoire remarquable, ses musées et son palais des maharajas, ses commerces de tissu, de bijoux, de parapluies, … Ici la misère côtoie les palais et hôtels de luxe, vestiges des extravagances de jadis.
3ème étape : Long retour sur Dehli, 150 km c'est ici un long trajet ! Nous sommes le 23 août et notre vol de nuit, retour sur Paris, nous attend. Le temps est venu de retrouver nos proches qui ont vécu quelques journées d'inquiétude.

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